Je ne saurais vous parler “réellement” de moi sans aborder l'art de la table, plus communément appelé gastronomie. Certains se basent sur le principe “manger pour vivre”, mais en ce qui me concerne, ce serait plutôt “vivre pour manger”. Voilà, c'est dit. Je raffole du salé comme du sucré, lorsque les deux sont à mon goût. Il ne faut pas chercher bien loin quant à la nature de cette passion. Papa ?... En tous cas je ne te remercierai jamais assez de m'avoir initiée ! Toutes nos sorties du dimanche soir n'auront pas été vaines, c'est le moins que l'on puisse dire ! Tant d'excellents souvenir que je ne saurais oublier... Mais il y a tout de même une conséquence à cela, un prix à payer : je ne peux plus manger à la cantine ! Oh, si ce n'est que cela...
Le malheur d'un gourmet est sans doute qu'on le confonde avec un gourmand. Je me positionne entre les deux, bien que mon amour pour le sucre me fasse plutôt appartenir à la seconde catégorie. Comment imaginer le monde sans douceurs ? Je ne possède pas le potentiel imaginaire pour me figurer un tel enfer. Sans doute, la pire chose qui puisse m'arriver serait de devenir diabétique. Comment pourrais-je arrêter mes overdoses fréquentes de bonbons que je dévore sous les regards ahuris des autres ? Mieux vaut ne pas songer à cela et profiter du moment présent. Histoire de poursuivre dans le domaine sucré, je devrais dire que le
chocolat est sans hésitation ce à quoi je tiens le plus. Si plus tard il m'est possible de le faire, je crois que je n'hésiterais pas à faire construire une fontaine de
chocolat quarante pour cent dans mon jardin ! Evidemment je me ferai critiquer une fois de plus par les puristes si je prétends n'apprécier que le
chocolat au lait. Il est vrai que lorsque la présence du cacao dépasse les cinquante pour cent, cela me gâche quelque peu le plaisir. Non que j'abhorre le
chocolat noir, je le trouve un peu trop amer et il se trouve que l'amertume n'as aucune place dans mon estime. Cependant, c'est celui que l'on utilise en cuisine, aussi n'ai-je aucun mal à le supporter lorsqu'il est savamment employé dans des desserts tels que le fondant au
chocolat ou l'aumônière. Je serais capable de parler de sucre une journée entière, mais je pense qu'il est préférable de me limiter à cet article.
Si vous le voulez bien, parlons maintenant du salé, que j'apprécie tout autant que son complément lorsqu'il arrive au bon moment de la journée. Il serait normal de penser qu'une ville comme Bordeaux regorge d'une infinité de choix en matière de bons restaurants, or il n'en est rien. Peut-être aussi suis-je un peu sévère dans ma critique, mais là encore, le palais ne ment pas. Au lieu de masquer mon propre avis, de caresser les gens dans le sens du poil, il me semble moins lâche et plus ingénieux de laisser l'insincérité de côté et d'affirmer mes opinions quitte à me faire critiquer à mon tour par la suite. Pour cela, j'assume pleinement tout ce que je dis et ne fais pas cela dans le but de descendre pour descendre. Pour en revenir à cette histoire de restaurants, autant vous dire que je compte mes préférés sur les doigts de la main. A Bordeaux comme ailleurs en France, la cuisine nouvelle génération est en vogue. C'est une cuisine que j'apprécie du moment qu'il y a réellement de l'innovation et du goût. Malheureusement, ces deux critères ne sont pas toujours au rendez-vous : si c'est pour se retrouver avec trois gambas rachitiques et quatre feuilles de laitue dans l'assiette, le jeu n'en vaut pas la chandelle. J'ai bien remarqué que la générosité n'est plus à l'ordre du jour mais qu'elle a plutôt cédé la place à la radinerie. Qualité et quantité se sont dégradées au point de ne former qu'un melting-supra-light pour mannequins anorexiques. Tants de restaurants où vous verrez la classe « huppée » se pavaner pour s'exhiber seront à éviter. Non qu'elle ait mauvais goût, elle ne sait apprécier (pour la majorité) la cuisine à juste valeur mais privilégie plutôt le cadre, soit dit en passant branché, avec des écrans LCD sur les murs d'ébène tous les vingt-cinq centimètres et en fond sonore (plus tellement fond en fin de compte) une musique psycho-pathétique à vous donner la migraine en deux minutes. Certes, j'apprécie beaucoup le design de certains, mais si la cuisine ne suit pas, à quoi bon ? Malheureusement, de plus en plus d'endroits de ce genre ouvrent dans notre province, au grand dam des restaurateurs plus modestes mais non moins compétents qui ont su se forger une renommée stable de longue date. Quoiqu' après réflexion, ceux-ci n'ont pas trop de souci à se faire, les « nouveaux » étant souvent soumis au célèbre phénomène du « tout feu tout flamme », déposant pour la plupart leur bilan entre six mois et un an après leur fracassante ouverture. Ainsi l'on peut s'amuser à faire des paris quant au temps qu'ils tiendront. Sadique, mais si comique ...
Laissons de côté toutes ces petites fioritures éphémères et parlons sérieusement. Parlons de notre bonne vieille cuisine française. Lorsque les « classiques », tel qu'un bon carré d'agneau au poivre ou un tournedos rossini, sont exécutés de main de maître, ils peuvent se révéler excellents. Il se trouve qu'à Bordeaux, certains établissements ont su conserver cette qualité, bien que leurs prix restent très élevés. Mais il en est un qui va encore plus loin que cela en proposant une cuisine inventive et créative qui a l'intelligence de marier ou synthétiser différentes cultures gastronomiques, qui possède l'art de "construire" et "déconstruire" à partir d'éléments rencontrés au fil de voyages. J'ai nommé Thierry Marx, grand chef étoilé dont le restaurant
Cordeillan Bages à Pauillac, est mon préféré. Je me souviendrais toujours de ce fabuleux repas d'un dimanche après-midi de l'année dernière. Même noyée dans mes révisions pour le brevet jusqu'au cou, je ne pouvais refuser une telle invitation. Pour commencer, le cadre, innombrables terres de grands crus classés qui s'étendent à perte de vue, se prête tout à fait à ce que l'on s'apprête à déguster par la suite. On entre dans une chartreuse du dix-septième siècle de pierre blonde et se laisse immédiatement charmer par toutes ces petites attentions qui vont de l'amabilité du personnel aux amuse-bouches savamment élaborés pour laisser le client dans une impatience veloutée avec déjà en bouche, les tonalités aux ascendances asiatiques qui mèneront la danse de ce véritable repas de rois. La suite n'en est que plus impressionnante, l'exacerbation du goût est telle que le silence règne en maître absolu lorsque tous les convives, concentrés sur leur assiette, se délectent de plats inédits tels que le
Pressé d'anguille fumée Terre et Estuaire avec son toast de pain aux céréales ou encore de
petits médaillons de b½uf fumé plus que joliment présentés. J'ai eu la chance de goûter une dizaine de plats tous plus raffinés et goûteux les uns que les autres ; le dessert quant à lui, est aussi brillant que le reste. Que ne donnerais-je pas pour ne serait-ce qu'une fois re-sentir le parfum de ces mets si délicats ? D'autant plus que chaque partie du repas a été accompagnée du grand cru classé Château Lynch Bages... Aucun adjectif n'est assez puissant pour définir avec justesse l'effet que l'on ressent lorsque de tels chefs-d'½uvre sont en contact avec nos sens, si peu habitués à une finesse aussi extrême, aussi me contenterai-je de laisser ce maigre témoignage de l'une de mes expériences culinaires qui fut sans hésitation la plus intéressante mais également la plus enrichissante. Multipliez cela par dix mille et je pense que vous vous approcherez de mon état d'âme ce jour-là. La cuisine portée à son paroxysme...
Outre la cuisine française et la cuisine créative, j'apprécie également beaucoup la cuisine italienne, qui détient sa place dans mon palmarès personnel. Je raffole du jambon de Parme comme d'autres produits d'Emilie Romagne (Italie) tels que le Parmesan. J'éprouve également un goût prononcé pour certaines cuisines asiatiques plus ou moins épicées comme la cuisine indienne.
En ce qui concerne la cuisine chinoise, je ne peux le nier, je n'ai qu'une seule adresse : un restaurant qui offre l'expérience unique de découvrir les saveurs de deux régions de la Chine du Sud-Ouest. Il y a longtemps, j'ai mis les pieds dans un restaurant chinois... mais ce n'était pas ça ! C'est malheureusement à cause de ces restaurateurs qui font preuve d'une telle outrecuidance et ne se posent même plus la question de qualité que la cuisine chinoise s'est vulgarisée au point que l'on en dise que leur café est imbuvable et leurs vins de piètre qualité. En plus de cela s'ajoute le fait que certains restaurateurs ô combien intelligents font une sorte de «melting-cook» qui consiste à ne pas se limiter au type de cuisine indiqué sur leur pancarte mais réalisent un mélange saugrenu de plusieurs cuisines asiatiques. Ainsi chez certains on peut se retrouver avec les cuisines japonaise, vietnamienne, thaïe, chinoise, et j'en passe. Le problème étant que certains clients, non plus débrouillards que ce genre de restaurateurs, en viennent à penser que nems et sushis sont des spécialités chinoises ! Si quelqu'un était chargé de faire fermer de tels établissements, ce serait bien le ministre de la culture!
Dans le cas où vous souhaiteriez vous réconcilier avec cette cuisine si raffinée et variée qu'est la cuisine (purement) chinoise lorsqu'elle n'est pas massacrée, sachez qu'il existe un restaurant chinois différent à Bordeaux, spécialisé dans la cuisine du Sichuan et de Canton, mais que je ne peux citer pour des raisons de déontologie. Aussi s'il vous est possible d'y aller un jour, vous découvrirez également que les ouï-dire qui courent partout sur le café et le vin ne sont pas valables pour tous les restaurants, et que certains redoublent d'efforts et se battent pour conserver la qualité de cette cuisine si dévalorisée de nos jours, et ne pas faire honte à la Chine mais plutôt l'honorer comme il se doit.
Cet article n'était qu'une mise en bouche aux futurs qui ne tarderont pas à suivre sur le sujet.
Veuillez m'excuser pour le côté quelque peu emporté de mon réquisitoire, mais j'en ai plus qu'assez que lorsque l'on me demande ce que fait mon père et que je réponds qu'il a un restaurant chinois, tout de suite les personnes non averties s'imaginent le buffet à volonté bien gras avec le saké à la fin. Je pense que maintenant que nous sommes au vingt-et-unième siècle, les mentalités ont besoin de changer. J'avais juste besoin de mettre les points sur les i une bonne fois pour toutes.
En ce qui concerne la cuisine en général, sachez qu'il m'arrive parfois d'aller au Macdo©, comme tout le monde, avec mes amis, et que ce n'est pas du tout une tare, je m'assume pleinement ! Etant donné tous les fou-rires ou discussions passionnantes que j'ai pu y avoir... Hé quoi, on ne peut pas manger chez Cordeillan tous les jours!
D'ailleurs pour terminer, je citerai la phrase suivante qui nous vient de notre grand Thierry Marx : « la cuisine, cela se regarde, cela se médite, cela se mange »...
*~Laura~*